Le temps de la création est lancé à Liège !

Ce dimanche 29 août 2021, de nombreux chrétiens s’étaient réunis à la Cathédrale Saint Paul de Liège pour la messe d’ouverture du Temps de la création et le lancement d’EcoEglise.

Le Temps pour la création a commencé dans le diocèse de Liège ce 29 août 2021 par une célébration à la cathédrale, présidée par Mgr Jean-Pierre Delville et animée par Joaquim Lesne, référent diocésain pour l’écologie intégrale, et par Christophe Cornet, d’Entraide et Fraternité, en présence du Délégué épiscopal d’Evangile et vie, le diacre Guy Schyns.

Le déroulement de la messe était calqué sur le canevas proposé à tout le diocèse. Par exemple, toutes les intentions de prière concernaient la sauvegarde de la maison commune. L’homélie était prêchée à deux voix : tandis que Mgr Delville expliqua que la nature et le cosmos étaient de bonnes choses et que c’était plutôt l’homme qui les corrompait et les rendaient impures, Joaquim Lesne développa quatre spécificités de l’engagement écologique quand il est porté par la foi chrétienne (retrouvez ci-dessous leurs textes respectifs). Après la communion, le célèbre cantique de Frère Soleil de Saint François d’Assise fut prié. La prière finale était la Prière pour notre terre du pape François dans Laudato Si’.

Juste après la messe, c’est EcoEglise qui a été lancé. Trois tissus furent tressés devant l’assemblée, représentant les autres, la création et Dieu, symbolisant les relations fondamentales constitutives de l’écologie intégrale, auxquelles le pape ajoute parfois la relation à soi. Avec cette tresse, on comprenait que « Tout est lié ». EcoEglise est un guide œcuménique (les Eglises chrétiennes sont unies pour l’écologie !) qui s’adresse aux communautés chrétiennes désireuses de s’engager dans le respect de la création : pour la justice sociale et la justice environnementale, puisque tout est lié. Toutes les ressources sont disponibles sur le nouveau site www.maisoncommune.be . EcoEglise est l’aboutissement d’un an de collaboration fructueuse entre le diocèse de Liège, Entraide et Fraternité, l’Eglise protestante unie de Belgique et l’Union Baptiste de Belgique, bénéficiant du travail préparatoire du groupe Chrétiens en Transition.

D’autres messes de la création ont été célébrées ce 29 août et seront encore célébrées durant tout le Temps de la création dans le diocèse de Liège. Retrouvez le programme complet des événements variés proposés par les Chrétiens en Transition.

***

Homélie par Mgr Delville, évêque de Liège

Chers Frères et Sœurs,

En ce monde tourmenté, victime du Covid, victime des inondations, victime des radicalismes comme en Afghanistan, nous serions tentés de croire que le mal nous assaille de l’extérieur et que nous devons nous protéger et nous défendre. Cependant Jésus nous explique aujourd’hui que tout dépend de notre cœur.

Il nous enseigne que « rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur ; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mc 7,1-23). Il ajoute : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses ». « Tout ce mal vient du dedans et rend l’homme impur ». Pour Jésus, la contagion du mal ne vient pas du dehors mais du dedans. Dès lors, il ne faut pas adopter une attitude défensive contre l’impureté, comme font les pharisiens, mais il faut adopter une attitude offensive, promouvoir le royaume de Dieu, et agir avec un cœur pur. « Heureux les cœurs purs », dira Jésus dans les béatitudes.

En ce mois de septembre qui va commencer, en ce mois de reprise, en ce temps consacré à la création, nous devons considérer que ce qui est extérieur à l’homme, comme la nature et le cosmos, sont de bonnes choses. Mais c’est l’homme qui peut les corrompre et les rendre impures. C’est ce que nous vivons aujourd’hui dans notre monde : les intrusions de l’homme dans l’équilibre de la nature entraînent la corruption du cosmos, la pollution de l’air et les dérèglements du climat. Nous sommes donc invités à corriger le tir, à purifier notre cœur, pour rendre le monde meilleur. Voilà pourquoi le pape François a demandé de consacrer ce mois de septembre en tant que temps à la création. Pour mettre cela en valeur le diocèse de Liège a engagé toute une réflexion et promu une action en matière d’écologie et a confié à M. Joaquim Lesne le soin de mener cette mission. C’est pourquoi je lui cède immédiatement la parole pour qu’il nous éclaire et nous guide dans cette voie d’une purification spirituelle et écologique de notre monde.

Homélie par Joaquim Lesne

Je voudrais revenir avec vous sur la spécificité de l’engagement écologique chrétien. Qu’est-ce que la foi chrétienne apporte de spécifique dans l’engagement écologique ? Pour cela, et vu que le Temps pour la Création est célébré par de nombreuses Eglises, pas seulement l’Eglise catholique, je ne m’appuie pas sur Laudato Si (même si j’en parle tout le temps), mais je reprends ici le travail d’Henri Blocher, théologien protestant*. Et puisqu’il s’agit de la spécificité chrétienne, je pars aussi de quelques versets lus et entendus ce matin.

1ère spécificité : le Motif. « C’est en vain qu’il me rende un culte » (Evangile : Mt 6, 8). Le combat écologique doit être mené pour Dieu. Le croyant partage certainement les motivations de beaucoup d’écologistes éloignés de la foi. L’originalité est qu’il ne veut pas préserver le résultat et le travail de l’Evolution, mais qu’il AIME la création. Il aime la création parce qu’il peut y lire la révélation du Créateur. Préserver et protéger les arrangements complexes du vivant, les écosystèmes, c’est admirer la sagesse de Dieu. Ce n’est pas tout. « Il prête son argent sans intérêt, n’accepte rien qui nuise à l’innocent » (Ps du jour 14, 4-5). Le croyant trouve aussi que Dieu se révèle dans le pauvre. Pour cette raison, préserver la création va de pair avec prendre soin du pauvre.

2ème spécificité : la Manière. « Il ne fait pas de tort à son frère, il n’outrage pas son prochain » (Psaume : Ps 14, 3). Dans le combat écologique, la tentation est grande d’être violent. Le croyant est certes mû par un esprit de force et d’amour, mais aussi de mesure et sobriété (=pondération) (2 Tim 1, 7). Cela se marque entre autres dans la prise de parole. Beaucoup de pouvoirs musèlent les défenseurs de la justice sociale et climatique, mais dans l’autre sens ces défenseurs doivent rester dans la nuance et la prudence, car le croyant sert le Dieu de la vérité et la vérité est rarement entièrement et exclusivement dans un seul camp.

3ème spécificité : le Concret. « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter » (2ème lecture : Jc 1, 22). J’ajouterais, le croyant ne se contente pas de dire en théorie « Il faut sauver la planète » mais s’efforcera de faire ce qui est juste, là où il est placé, sur le terrain, chacun dans sa vie. Le croyant, disciple du Christ, veut plaire au Maître qui apprécie la fidélité dans les moindres choses (Lc 16, 10), tous les petits gestes. Le croyant ne tente pas d’abord de se conformer aux innombrables normes et règles législatives mais considère la PRIERE comme moyen supérieur pour savoir et faire ce qui est juste.

4ème spécificité : l’Attente. « Ainsi vous vivrez, vous entrerez dans le pays que vous donne le Seigneur » (1ère lecture : Dt 4, 2) et « Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous, c’est elle qui peut sauver vos âmes » (2ème lecture : Jc 1, 21). Le croyant ne versera ni dans l’optimisme utopique ni dans la peur panique. Il sait que le monde ne disparaîtra pas avant l’avènement de Jésus-Christ. Il ne se laisse donc pas démobiliser si la situation se détériore et si les prophétique annoncent les douleurs de l’enfantement de l’Age à venir. La Parole qui sauve nos âmes, le salut promis, commence dès ici et maintenant, sur Terre, dans notre société. Le croyant prend soin de l’environnement pour glorifier le Créateur, dans l’attente de l’harmonieuse rénovation qui intègrera le fruit de ses efforts qui ne seront pas vains, aucun de nos efforts ne sera vain (1 Co 15, 58). Aussi, et j’en termine, le chrétien travaille et lutte dans l’espérance car il a comme Dieu, nous avons comme Dieu, le « Dieu de l’espérance » (Ro 15, 13)

Motif, manière, concret et attente : quatre mots qui caractérisent notre engagement écologique. Bon Temps pour la création !

*dans Henri BLOCHER, « Pour un engagement écologique chrétien », in Evangile et Changement climatique, 2017.